Coucou les petits chats !

Alors aujourd’hui, je vais vous parler des différentes compétitions du festival de Cannes. Parce que oui, vous qui suivez le festival à la télé, vous qui fantasmez sur le tapis rouge, les talons de 20 cm, et les robes de luxe, ne vous y méprenez pas. Il existe derrière ce visage pailleté du festival d’autres compétitions dont on parle peu, et qui pourtant, valent le détour.

Moi, ma préférée, c’est sans conteste la Quinzaine des Réalisateurs.

A commencer par son générique.
La première fois que je l’ai vu, j’avais 14 ans, je venais de m’inscrire en section audiovisuelle de mon lycée, et je me prenais en pleine face mon arrivée au festival. Vous comprenez? 14 ans, moi, la rouquine boulette, acnéïque et pas forcément très sexy, qui se prend sa première claque de cinéma dans un festival que le monde entier admire et regarde à la fin mai ? Le choc. A peine le cul posé sur mon siège, toujours moëlleux, de la Quinzaine, le noir s’installe, et le générique se lance. J’en ai encore des frissons. Ces images, qu’on ne reconnait pas ou alors très peu, qui défilent lentement au rythme des notes du piano.. Je sais pas vous, mais moi, ça me touche à un point ! Et alors la fin, avec le nom de ses réalisateurs qui s’évaporent dans une nuit de paillettes, ça me retourne l’estomac ! Ouais, bon, ok, j’abuse un peu, mais c’est chaque année le même refrain. Dès que je passe par Cannes, je veux voir un film de la Quinzaine pour son générique. C’est pas négociable. Et dès que je suis devant, j’ai l’air d’une gamine devant une montagne de peluches avec des coeurs sur les joues. Comprenez aussi.

 

Je suis amoureuse. Tant de beautés dans une seule vidéo.

Bon, et y’a pas que le générique en fait.
La salle aussi, tout en rondeurs, la couleur des sièges, la scène, l’écran, le couloir à franchir pour y arriver. Une vraie fan je vous dis. Et puis, c’est là que je me suis prise mes plus belles découvertes de cinéma. Là que j’ai découvert Benda Benlili, le groupe de musiciens handicapés, là que j’ai vu mon premier film d’horreur, là que je me suis dit et redit «Putain, ce que j’aime le cinéma». Ah, et c’est par là que Xavier Dolan a commencé. Je pense que c’est une bonne raison.

Une autre compétition alternative : celle d’un certain Regard.
Elle est juste à côté du Palais Lumière, et on a parfois un peu tendance à les confondre.
La salle est énorme, et fait penser à celle du Palais. Je me sens toute petite à chaque fois que je franchis les entrées des différents balcons. A chaque fois, c’est la même chose, j’en ai presque le souffle coupé. Je prends toujours mon temps quand je rentre dans une salle, je peux pas m’empêcher de tout regarder, tout observer, parce que j’adore l’architecture, la composition, les murs, les plafonds, la lumière, les rideaux... Alors que sorti de son contexte, ces éléments réunis m’ennuient à mourir. Enfin bon, cherchez pas, c’est Cannes.

 

L'équipe du film WAKOLDA.

 

J’y suis pas mal allée cette année. Je l’aime bien, cette salle. C’est là bas que j’ai vu mon tout premier film à mon tout premier Cannes. Les chats persans que ça s’appelait. Je m’en souviens comme si c'était hier. J’aurai pu pleurer de joie à ce moment là, même si les grosses enceintes me cachaient la moitié de l’écran, que mon camarade de devant était genre un géant, et que la climatisation n’est véritablement pas le fort des salles de Cannes.

 

Ceci n'est pas le tapis rouge. Enfin si, c'est un tapis rouge, mais pas LE tapis. IfyouknowwhatIlmean.

Autre compétition, autre ambiance : la Semaine de la Critique.
Cette compétition, je la perçois comme... Une sorte d’ovni dans le Cannes paillette. C’est pas à la Semaine de la Critique qu’on verra des paillettes, et du tapis rouge. Quoi que si, les tapis rouge, il y en a dans toutes les salles... Mais au Gaumont aussi vous me direz. Enfin bref, passons, la question n’est pas là. La Semaine de la Critique, d’avis strictement personnel, c’est vraiment une compétition avec des oeuvres... décalées. En marge. Où on trouve quelque chose qui n’est nulle part ailleurs. Je sais pas si vous me saisissez, mais moi, j’imagine les gens qui bossent à la Critique comme des gens qui pronent le cinéma d’auteur, ont leur petit cinéma d’Art et Essais, mangent des brocolis tous les midis et fument des Vogue. Bon, j’exagère, mais je sais pas comment vous expliquer, l’ambiance est différente...

Ma vraie claque à Cannes, c’est à la Critique que je l’ai eu. J’avais 15 ans, c’était mon deuxième Cannes, et avec une camarade, on avait décidé de privilégier des films inédits que les productions de la compet, qui sortiraient au cinéma. Et on est allé voir Ordinary People. Un film serbe. Waouh. J’en suis sortie avec les larmes aux yeux, et la nausée. J’entendais encore le son des mitraillettes qui grondaient dans mes oreilles... Ces sons... Qui rebondissaient sur les murs... J’avais l’impression d’être au milieu de ces jeunes soldats, et de devoir moi aussi tirer. Depuis ce jour, je suis une traumatisée des armes à feux dans les films, les scènes où les personnages tiennent leur arme, ne tirent pas, prennent le temps, font monter la pression... Arg, j’en ai des frissons..

 

 

Voilà, les principales compétitions du festival, derrière l’imposante compétiton officielle. Je crois que ça m’emmerde. Qu’on parle toujours de cette compet, alors qu’il y a d’autres acteurs aussi talentueux qui se cachent derrière, et ne demandent qu’à se présenter. Je veux dire, être à Cannes en tant que réalisateur, c’est énorme, même dans une compétition alternative autre que l’officielle, une vraie reconnaissance du milieu. Mais alors, pourquoi on ne s’intéresse qu’à la montée des Marches de Marion Cotillard, la robe décolletée de Emmanuelle Seignier, ou l’absence de Lars Von Trier ? Moi, c’est ce qui me plaît à Cannes. Découvrir des réalisateurs, des cultures cinématographiques, des idées inédites. Et si j’en ressors avec les larmes aux yeux, le coeur tremblant, et le rouge aux joues, c’est encore mieux.

La stagiaire infernale